Pli d'un plan technique imprimé et règle en acier, DAO 2D open source

En bref : CADCraft est une application de dessin assisté par ordinateur 2D (et 3D) écrite en Rust par l'équipe ArtCraft, gratuite, sous licence MIT ou Apache-2.0, sans compte ni abonnement. Elle ouvre le DWG (R13 à 2018), lit et écrit le DXF, exporte en PDF, SVG et PNG, et se pilote par MCP ou en ligne de commande. Le projet se déclare en développement précoce : à tester sur des copies de plans, pas encore à confier à un livrable contractuel sans contrôle.

J'ai dessiné sous AutoCAD pendant des années avant de passer au BIM, et je me souviens de la charte de dessin d'un bureau d'études : calques, couleurs par technique, blocs, cartouches de A0 à A4. Cette discipline n'a pas disparu avec la maquette. Dans mon expérience, un plan 2D en DWG ou en PDF reste un livrable courant au Luxembourg comme en Belgique, y compris sur un projet piloté en ISO 19650. Or il existe un logiciel de DAO libre qui reprend la ligne de commande et les accrochages qu'on connaît, et presque personne ne parle de lui dans notre métier. Il s'appelle CADCraft, je l'utilise déjà avec Claude, et voici ce que ça donne, ce qui manque et pour qui il est prêt aujourd'hui.

Qu'est-ce que CADCraft sait faire aujourd'hui ?

CADCraft est développé par l'équipe ArtCraft, dans le même esprit que ses autres "Crafting Apps" gratuites. Le code est ouvert sur GitHub, sous double licence MIT ou Apache-2.0, et l'application tourne nativement sous Windows, macOS, Linux et FreeBSD, ainsi que dans le navigateur grâce à WebAssembly. Au relevé du 1er novembre 2026, le dépôt affichait environ 7 000 étoiles et 3 000 forks : le projet n'est donc pas confidentiel, il l'est seulement dans le BIM. L'interface existe en français, avec une langue qui se change à chaud.

Le principe affiché est de ne pas changer vos réflexes : on tape L, on clique deux points, on saisit @5<45, on valide. Voici ce que le projet annonce comme fonctionnel :

  • Dessin et modification : ligne, polyligne, cercle, arc, ellipse, spline, texte, puis déplacement, copie, miroir, décalage, ajustement, prolongement, raccord, réseau.
  • Précision : accrochages aux objets, repérage polaire, ortho, saisie de distance directe, poignées.
  • Annotation : cotations associatives qui suivent la géométrie, lignes de repère, tableaux, polices TrueType.
  • Hachures et blocs : hachures par point intérieur avec îlots, blocs avec attributs, blocs imbriqués.
  • Mise en page : espace papier, fenêtres avec échelle verrouillable, gel de calques par fenêtre, tracé en PDF.

S'y ajoutent des contraintes géométriques et dimensionnelles paramétrables. Cette liste correspond à l'état annoncé par les auteurs, pas à un essai complet de ma part : je n'ai pas testé chaque commande, seulement celles que mon usage mobilise.

Que devient un DWG existant dans CADCraft ?

C'est la question qui décide de tout, parce qu'un bureau d'études ne repart jamais d'une page blanche. D'après le projet, le DWG se lit de la version R13 à 2018 grâce à la bibliothèque open source acadrust, et le DXF se lit de R12 à 2018, en ASCII comme en binaire. À l'écriture, CADCraft produit du DXF et du DWG au format R2000. L'export va vers le PDF, le SVG et le PNG. Une conversion sans ouvrir l'interface existe aussi, en ligne de commande, de DWG vers PDF, SVG ou PNG.

Le point de vigilance est écrit noir sur blanc dans la documentation du projet : les entités que CADCraft ne modélise pas encore ne sont pas conservées à l'enregistrement. Autrement dit, ouvrir un DWG riche puis le réenregistrer peut faire disparaître des objets sans prévenir. Les polices SHX ne sont pas lues non plus : un texte rédigé avec une police SHX est redessiné avec la police à traits propre à CADCraft, ce qui change l'aspect d'un plan et parfois l'encombrement d'un texte. Tant que ces écarts ne sont pas levés, la règle est simple : on travaille sur une copie, jamais sur l'original.

Quatre vérifications avant de confier un vrai plan

  1. Ouvrir une copie du DWG et pas le fichier d'archive du projet.
  2. Comparer calques, blocs, attributs et types de ligne avec la version d'origine, et contrôler l'échelle de chaque fenêtre de mise en page.
  3. Exporter un PDF et le superposer au PDF issu du logiciel de référence : un texte décalé ou un hachurage manquant se voit tout de suite.
  4. Réenregistrer, rouvrir dans le logiciel de référence et lister ce qui manque. Cette liste dit si CADCraft convient à votre type de plans.

Pourquoi piloter un logiciel de DAO avec Claude ?

Dans CADCraft, chaque entrée de menu, chaque outil et chaque invite est une commande. Un agent peut donc taper à la ligne de commande exactement comme une personne, appeler n'importe quelle commande avec des paramètres JSON, inspecter le dessin pour vérifier son travail et en demander un rendu image. L'accès passe par un serveur MCP, un canal de contrôle JSON ou l'outil en ligne de commande cadcraft-cli. Si le protocole vous est étranger, l'article sur MCP et le contrôle BIM par IA pose les bases. Ce que ça change en pratique : l'IA n'est plus un chat à côté du logiciel, elle agit dans le dessin et chaque geste reste vérifiable à l'écran.

Mon usage est volontairement étroit. Je pars de mon gabarit de cartouche BIMsmarter, qui contient les présentations A4 à A0 et le bloc cartouche correspondant. Claude ouvre le gabarit, l'enregistre tout de suite sous un nouveau nom (le gabarit n'est jamais écrasé), dessine en millimètres un calque par famille d'objets, règle la fenêtre de présentation à l'échelle voulue, remplit les attributs du cartouche et exporte le PDF. Je contrôle ensuite le PDF rendu. Les valeurs du cartouche, comme le maître d'ouvrage, le projet, le numéro de plan ou l'indice, viennent de moi : un cartouche est un document contractuel, rien n'y est deviné. Pour numéroter les plans selon la convention du projet, le Document Generator de BIMsmarter produit les numéros de documents ISO 19650.

J'ai aussi demandé à Claude de redessiner un plan à partir d'une image. Le premier essai, où l'IA relevait les coordonnées à l'œil, a donné un résultat que j'ai refusé. Le second, où l'image est vectorisée en contours remplis, a donné un résultat que j'ai accepté. La leçon vaut pour toute automatisation de dessin : une méthode qui mesure bat une méthode qui estime. Est-ce que ça remplace un dessinateur ? Non. L'agent exécute la partie répétitive, et la relecture reste la mienne.

Pour qui CADCraft est-il utilisable dès maintenant ?

Le projet se présente lui-même en "early, fast development" et publie sa feuille de route avec la liste de ce qui manque encore. Cette franchise est un bon signe, et elle fixe aussi la limite : la version actuelle est la 0.5.0 selon la page du projet. Mon retour de terrain se résume ainsi.

Déjà utile : schémas et plans simples, fonds de plan, conversions de DWG en PDF ou en image, essais de scripts, formation d'un junior à la ligne de commande, ateliers de dessin sans achat de licence, et tout ce qui consiste à faire exécuter une suite de commandes par un agent. À attendre ou à contrôler à chaque fois : les plans à forte charge d'objets spécifiques, les fichiers dont la lisibilité dépend de polices SHX, et tout livrable contractuel qui sort sans relecture. Le critère est le même que pour n'importe quel outil neuf : un essai sur un plan jetable, puis sur une copie réelle, puis seulement sur un livrable.

Le gain n'est pas seulement une question de licence. Un outil ouvert se pilote, se script et se vérifie sans plugin propriétaire, ce qui compte dès qu'on veut brancher une IA sur ses plans. Et un projet libre progresse grâce aux retours de ses utilisateurs : l'équipe reçoit les bogues et les demandes de fonctions sur son dépôt GitHub, et les besoins d'un bureau d'études BIM peuvent y être portés par ceux qui les rencontrent.

Faut-il lâcher AutoCAD pour CADCraft ?

Pas demain, et ce n'est pas le bon cadrage. La bonne question est de savoir quels plans de votre structure pourraient être produits, convertis ou contrôlés avec un outil libre sans rien perdre. Pour un bureau qui paie des licences sur des postes qui font du dessin simple, le test vaut une demi-journée. Pour un dossier d'exécution chargé en blocs, en références et en polices maison, la prudence s'impose tant que la sauvegarde peut supprimer des entités.

Mon avis tient en une phrase : CADCraft mérite d'être essayé dès cette semaine sur des copies, et suivi de près par tous ceux qui dessinent encore en 2D dans un workflow BIM. Si vous voulez voir ce que ça donne sur vos propres plans, ou si vous avez besoin de plans et de notes de calcul BT livrés par quelqu'un qui contrôle le résultat, la page Services BIMsmarter décrit les missions possibles au Luxembourg et en Belgique.

À propos de l'auteur.

Renaud Climent est BIM Coordinator MEP au Luxembourg et en Belgique : 15 ans d'expérience dans le bâtiment, dont 5 en coordination BIM. Cursus complet CRTI-B (Bases, Référent, Modeleur, Coordinateur), formé Solibri, BIMcollab et Revit MEP, certifié en IA. Fondateur de BIMsmarter.eu, il code ses propres outils pour automatiser les tâches BIM chronophages. Contact : contact@bimsmarter.eu