
Quand un éditeur comme Solibri ajoute enfin une couche IA à son environnement de model checking, la tentation est immédiate : résumer toute la release à un assistant conversationnel. La lecture utile est plus large. La mise à jour de juin 2026 renforce plusieurs briques très concrètes du contrôle qualité quotidien, et l'assistant n'est pas celle qui pèsera le plus lourd sur vos semaines.
TL;DR : La release 26.6.0, publiée le 30 juin 2026, introduit un assistant IA en bêta réservé au plan Premium. Les changements les plus structurants touchent le contrôle sur nuages de points avec trois nouvelles règles et le support des formats .las et .laz, l'infrastructure via IfcAlignment, les disciplines personnalisées et la personnalisation des résultats. Pour les équipes BIM, le bon réflexe n'est pas de fantasmer l'IA, c'est de repérer où cette release accélère réellement le QA et où les fondamentaux restent non négociables.
Que contient vraiment la release Solibri de juin 2026 ?
D'après les release notes officielles, la version 26.6.0 apporte plusieurs nouveautés qui dépassent l'effet vitrine. L'assistant IA en bêta attire l'attention, mais la release ajoute aussi trois règles de validation sur nuages de points, un support IfcAlignment nettement amélioré avec de nouveaux outils de sectionnement, des disciplines personnalisées, trois intégrations de gestion d'issues, et une personnalisation fine des résultats jusque dans les exports BCF, Excel et PDF.
Cette combinaison est plus importante qu'elle en a l'air. Le QA BIM ne dépend pas d'un seul contrôle spectaculaire, il dépend d'une chaîne de petits gains sur la lecture du modèle, la comparaison entre l'existant et l'intention de conception, la structuration des résultats, le tri, la collaboration et la traçabilité. C'est exactement pour cela qu'une release comme celle-ci se lit ligne par ligne, et pas à partir du seul mot « IA ».
Un détail conditionne tout le reste : la disponibilité par plan. L'assistant IA est réservé à Premium. Le contrôle sur nuages de points est réservé à Premium et Enterprise. La personnalisation des résultats descend jusqu'à Advanced. En revanche, les disciplines personnalisées, le support IfcAlignment, les nouveaux outils de sectionnement, les correctifs de performance et de sécurité touchent tous les produits, y compris les gammes legacy. Pour un responsable BIM, cela veut dire qu'il faut lire la release sous deux angles : ce qui améliore le quotidien tout de suite, et ce qui suppose un arbitrage de licence. Si vous voulez creuser ce point, j'ai détaillé la bascule tarifaire dans cet article sur les tarifs Solibri 2026 et l'alternative gratuite.
L'assistant IA change-t-il déjà le model checking ?
Oui, mais avec un périmètre encore étroit. L'assistant bêta dialogue en langage naturel dans l'environnement desktop, connaît le modèle ouvert, et peut guider certaines actions en session : naviguer dans les résultats, interroger des composants, aider à configurer une règle, lancer un contrôle, travailler sur les issues. Solibri précise avoir volontairement réduit le jeu d'outils accessible à l'assistant pour garder des réponses rapides et prévisibles, ce qui est un choix d'ingénierie sain et rarement assumé publiquement.
Il faut malgré tout garder les pieds sur terre. Un assistant n'invente pas une exigence d'information correcte, il ne clarifie pas à votre place une règle mal écrite, et il ne corrige ni une maquette pauvre en propriétés ni un process où personne ne sait ce qui doit être vérifié à chaque phase. Si les règles de contrôle restent floues, l'IA vous aidera surtout à aller plus vite dans le flou. On parle donc d'abord d'un gain d'ergonomie sur un logiciel dense, et ce gain est réel, mais la qualité continue de dépendre du cadrage amont.
Je regarde cette nouveauté comme une couche d'accélération insérée dans un système plus large. En model checking, la différence se joue encore sur les exigences, les propriétés, la structure IFC, la logique de sévérité, les tolérances et la capacité de l'équipe à distinguer un vrai défaut d'un bruit de contrôle. L'IA devient utile le jour où cette base existe déjà.
Pourquoi les nuages de points élargissent-ils vraiment le QA BIM ?
C'est la nouveauté la plus exploitable sur le terrain, et de loin. Trois règles apparaissent : un contrôle de clash qui signale les composants dont les points de scan tombent à l'intérieur ou à proximité selon une tolérance configurée, un contrôle de clearance qui signale les points tombant dans une zone de dégagement définie, et un contrôle de correspondance qui rapporte les écarts entre le nuage et les composants, y compris les points non appariés. L'import accepte désormais les formats .las et .laz en plus du .e57, ce qui ouvre immédiatement la porte aux livrables de la plupart des géomètres.
Ce sujet compte parce qu'il touche à quelque chose de très concret : objectiver plus tôt l'écart entre la réalité du site et sa représentation numérique. Dans beaucoup de projets, les écarts importants ne posent pas problème par manque de viewer 3D. Ils posent problème parce qu'il manque un workflow d'objectivation suffisamment en amont, avant que l'écart ne se transforme en reprise, en arbitrage tardif ou en discussion stérile en réunion de coordination.
Quand un outil de QA rapproche directement nuages de points, composants et règles, il sort du contrôle documentaire et attaque l'alignement entre modèle et réalité. C'est un terrain sur lequel beaucoup d'équipes du Benelux ont encore de la marge, en particulier sur les rénovations et les projets d'infrastructure.
Que change la release pour l'infrastructure et pour les équipes projet ?
Le volet IfcAlignment mérite l'attention des équipes routes, rail et ouvrages linéaires. Les lignes d'alignement sont désormais visibles dans la vue 3D, sélectionnables pour les mesures et les coupes, et une nouvelle vue Sections permet de créer des coupes sandwich, des coupes perpendiculaires, et de générer automatiquement des coupes perpendiculaires à intervalle défini le long d'un alignement. Solibri a aussi ajouté une option pour supprimer les avertissements répétés de la boîte Model Locations sur les projets aux emprises très étendues, ce qui est un détail que tous ceux qui ont ouvert un modèle d'infrastructure comprendront immédiatement.
Les disciplines personnalisées et la personnalisation des résultats vont dans le même sens. Une équipe QA performante ne veut pas seulement détecter des écarts, elle veut les ranger, les lire, les communiquer et les arbitrer avec le vocabulaire du projet. C'est là que beaucoup de workflows perdent du temps : pas sur le calcul, mais sur la restitution. Pouvoir redéfinir titre, description, catégorie et sévérité par type de résultat, et voir ces valeurs personnalisées ressortir telles quelles dans les exports BCF, Excel et PDF, aligne enfin le contrôle sur la culture du projet plutôt que sur le jargon par défaut du logiciel.
Ajoutez les intégrations d'issues, avec un connecteur Autodesk Forma désormais bidirectionnel sur les pushpins et deux nouvelles connexions vers usBIM d'ACCA et KISS-BIM, plus les notifications in-app et les gains de performance au démarrage et sur le sectionnement des gros modèles, et le message se précise. Cette release cherche à réduire les frictions sur le cycle complet du QA, de la lecture du modèle jusqu'à la restitution des écarts. Deux correctifs ont d'ailleurs suivi le 3 juillet, dont la version 26.6.1 : prévoyez de partir directement sur la dernière build plutôt que sur la 26.6.0 initiale.
Que faire dès maintenant si vous gérez du QA BIM au quotidien ?
Le premier réflexe utile consiste à revoir vos contrôles récurrents et à séparer ce qui relève du model checking avancé de ce qui relève d'une lecture rapide, d'un audit express ou d'un contrôle de propriétés. Beaucoup d'équipes mobilisent encore un outil lourd pour des tâches qui pourraient être cadrées plus tôt, plus vite, et parfois directement dans le navigateur.
C'est exactement l'angle que je pousse avec l'IFC Viewer & Audit de BIMsmarter. Je ne vais pas prétendre remplacer Solibri sur tous les usages, ce serait absurde et personne ne me croirait. En revanche, pour lire une maquette IFC, inspecter des propriétés, lancer un audit rapide, travailler en logique IDS et garder le traitement en local sans upload serveur, il reste de la place pour des workflows plus légers.
Le bon réflexe en 2026 consiste à construire une pile de contrôle cohérente à deux niveaux. Un niveau léger pour objectiver vite, dès la réception d'un livrable. Un niveau avancé pour les vérifications profondes, les règles métier et les contrôles réglementaires. Et des règles suffisamment propres pour que l'IA, quand elle intervient, accélère une méthode déjà solide plutôt qu'une improvisation.
Mon avis de praticien
Cette release est une bonne nouvelle pour une raison simple : elle renforce en même temps l'interface, la lecture terrain et la restitution. L'assistant IA en bêta est intéressant à suivre, mais ce sont les nouvelles règles sur nuages de points, le support IfcAlignment et la personnalisation des résultats qui donneront le plus de prise aux équipes qui contrôlent déjà sérieusement leurs modèles. C'est ce mélange qui produit un effet mesurable, semaine après semaine.
Ma position tient en une phrase. L'IA dans le model checking devient crédible quand elle s'appuie sur des exigences claires, une donnée propre et un workflow lisible ; en dessous de ce seuil, elle accélère l'interface et rien d'autre. Et si vous devez arbitrer un budget licence cette année, regardez d'abord le point cloud, pas l'assistant : c'est lui qui va changer vos réunions de coordination.
À propos de l'auteur.
Renaud Climent est BIM Coordinator MEP, plus de 10 ans de terrain au Luxembourg et en Belgique. Cursus complet CRTI-B (Bases, Référent, Modeleur, Coordinateur), formé Solibri, BIMcollab et Revit MEP, certifié en IA. Fondateur de BIMsmarter.eu, il code ses propres outils pour automatiser les tâches BIM chronophages. Contact : contact@bimsmarter.eu